Invitation spéciale par l’entremise de connaissances communes. Belle campagne ensoleillée en cette douce soirée d’été. La piscine semble le passage obligé avant l’apéritif. Mon hôte, sa femme et quelques invités s’ébattent déjà dans l’eau. Lorsqu’à mon tour, je m’approche du bord, mon amie me présente et je suis acceuillie par un jet d’eau façon cachalot sorti tout droit de la bouche de notre hôte, que je rencontre alors pour la première fois. Désagréable impression.
Mi-quarantaine, à vue de nez, grisaillant, bedonnant, un visage dur avec des yeux acier mais dont les traits me paraissent familiers, ainsi que son accent, sans que, sur le moment, je puisse en identifier la cause.
L’eau ayant fraîchi, chacun éprouve le besoin de se réchauffer à l’alcool. Autour d’un verre, il évoque son parcours et sa nostalgie des baraques à frites. Je souris à cette évocation, comprenant enfin la familiarité des traits et de l’accent. Quelqu’un se tourne vers moi et crois bon de faire remarquer “ah, alors!”. Aussitôt, l’homme venu du Nord me questionne : “t’es de là-haut aussi, ti?” C’est malin, me voilà obligée de réciter mon pedigré, ce dont j’ai horreur, pour échapper au test du patois. Et en plus, il me tutoie sans me connaître. Fâcheuse soirée.
Comble de malchance, il se sent alors en terrain conquis et commence à raconter comment, Maître en sa demeure, il règne, enlevant au passage tout fard à sa bourgeoise. Demande-t-elle une aide? Qu’à cela ne tienne! Mais elle devra patienter quelques jours cependant! Il raconte ses frasques, fier, semble-t-il, de faire le contraire de ce qu’elle espère. Je la regarde alors. Elle l’excuse encore, d’un sourire triste en murmurant : c’est ma faute aussi, j’aurai dû deviner qu’il deviendrait comme ses parents! Je me demande pourquoi aucune révolte ne gronde en elle alors qu’au fur et à mesure que le récit avance, la moutarde me monte au nez.
Je note toutefois que le bonhomme ne me lâche pas des yeux et l’idée me vient alors de lui faire la leçon. Si cela fonctionne, ce sera une première pour moi et j’avoue que là, sans préméditation aucune, je marche sur des oeufs. Pourtant, je lance sur le ton de la plaisanterie mais avec une oeillade bien appuyée : “chez moi, c’est différent, je fouette celui qui ne respecte pas ma loi!” Excité, il répond en se frottant les mains “oh oui, oh oui, le fouet!”
Plus tard, dans la nuit, on se retrouve seuls, à quelques pas des invités. Il me propose alors de mettre en pratique. Nous nous dirigeons vers un cabanon qui lui sert d’atelier. Il l’ouvre, allume la lumière et me dit : à toi de jouer! Très vite, je repère quelques cordes et je l’attache à genoux devant son établi. Il m’indique ensuite qu’il se sert d’un martinet pour éduquer ses chiens et que celui-ci se trouve dans un tiroir de la console dans l’entrée. Je l’abandonne alors quelques minutes pour aller chercher l’instrument de torture. Je fais un détour par la petite fête, histoire que personne ne se doute de ce qui se trame. J’en profite pour récupérer aussi un verre de whisky. “Glaçons?” “Non, sec!”
Je ne bois jamais de whisky, sauf quand je fais des bêtises…
Je regagne le cabanon, bois une gorgée du liquide doré, pose mon verre sur l’établi et exécute la punition.
Clac! Le premier coup s’abat directement sur le fessier du monsieur. Il rigole. Tu peux frapper plus fort, tu sais, je suis un homme, moi!
Clac! Comme cela, cher ami? C’est mieux!
Clac! Et ainsi? Très bien!
Clac! Combien en voulez vous? Cinq!
Clac! Nous y sommes, mais c’est moi qui décide ; je dirais donc dix!
Je continue en rythme. Avec le temps, il semble trouver cela moins agréable, aussi je m’accroupis derrière lui et passant ma main entre ses cuisses, je m’en vais vérifier qu’il est bien dressé. Ma main lui redonne un peu de vigueur, je reprends alors mon manège tandis que son pantalon, sous les coups se désagrège.
Clac! C’est assez, me dit-il!
Clac! Comment oses-tu?
Clac! Pour la peine, je continue.
Au bout d’une nouvelle série, je me glisse sous lui, me colle, me frotte. Mon visage sous sa ceinture, mes mains qui le déboutonnent et ma langue qui glisse sur son torse lui donnent envie de rejouer.
Alors, je continue le maniement du fouet. A tour de bras.
La gaillard n’est plus si fier maintenant que saigne son derrière. Ses rires font place à des grognements. Il se tortille pour éviter les coups. Sa douleur m’hypnotise. Je bois, je fouette et je caresse tour à tour.
Combien de temps cela a-t-il duré, je l’ignore. J’ai mal au poignet. Quand soudain la porte s’ouvre. Les invités, inquiets de ne plus voir leur hôte, sont là. Ils restent muets un instant face au spectacle qu’il leur est donné : l’homme en chemise, encordé, agenouillé, cul nu n’a plus rien du roitelet qui les recevait il y a quelques heures à peine.
Reprennant mes esprits, je laisse tomber le fouet et me dirige vers la porte d’entrée, tandis que d’autres, un peu emméchés, se saississent de l’objet pour poursuivre ma besogne. Et dans un brouhaha, je distingue un hurlement. Je me retourne : les lanières viennent de laisser une trace rouge sur la chemise bleu ciel.
Je finis mon verre tout en respirant l’air frais de la nuit, le pose sur une table et quitte la partie. Je croise alors sa femme : “vous devriez y aller”, lui dis-je.
Plus jamais, je ne serai invitée…
A version dimanche, Août 14 2011
Uncategorized bdsm, cul, fouet, provocation, rencontre 22:45

hmmm du grand art, j’aime beaucoup ce ton, cette hardiesse, vraiment pris du plaisir à lire ce texte dynamique…..
Les mots me sont venus naturellement. Pourtant, ce texte au final ne me satisfait pas tant. Mais tant mieux s’il est, malgré tout, apprécié.
« Ainsi est pris celui qui croyait prendre ».
Il y a une morale à cette histoire… c’est l’essentiel ! 😉
Je ne sais pas imaginer et raconter ce genre de choses. Hummmm Quoique…. j’ai écrit un truc qui s’en rapproche, inspiré par « Enfance, au féminin » de Taslima Nasreen, où l’homme abuseur de femmes se fait éventrer par l’une de ses victimes…
Mais le texte n’est pas politiquement correct ! Alors, il reste caché.
Hélas, dans mon blog, je ne vois rien de « politiquement correct ». Je ne vous jetterai donc pas la pierre.
Toutefois, imaginer, mettre la violence en mots plutôt qu’en acte, çà fait du bien aussi.
Imaginer, pour tenter de comprendre parfois…