Chapitre 2 : cauchemar samedi, Oct 23 2010 

Je suis là tourbillonnant dans le flot des enfers. Soudain, un roi, qui a les pieds sur terre, se penche, regarde vers mon précipice. Miaa se fait belle et provocante. Il la remarque. Je lui crie « sauvez moi! » et il me tend une échelle. Je gravis les premiers échelons. Il dessine pour moi un septième ciel. Puis, de sa voix dure et impérieuse, il m’arrête : tu le veux, prouves le! Je le regarde crâneuse et affirme « d’accord! ». Mai au même moment, je sens l’image de Miaa qui se craquèle. Dessous, il y a Moi, une moi hideuse, qui cache mal ses blessures. Et je ne veux pas qu’il me voit ainsi. Je lutte quelques instants contre le vertige qui m’envahit, je me sens bien incapable de faire ce qu’il demande. L’angoisse me prend à la gorge, les larmes qui coulent sur mon visage éteignent la flamme, mon cœur en lave ainsi refroidit se fait pierre froide. En un instant, je redeviens poussière et dans un ultime effort pour masquer ma laideur, je replace le masque, ramasse les lambeaux de peau, saute à côté de l’échelle. Là, les deux pieds sur terre, j’aperçois une porte. Sans plus réfléchir, je fonce et me précipite dehors. Je l’entends qui me rappèle, j’entends ses mots d’amour. Trop tard, ils glissent sur le latex de ma combinaison sans plus pouvoir atteindre mon cœur. Arrivée dehors, je cherche encore mon air, je crie mais pas un son ne sort…
Pas un son ne sort, mais tes lèvres prennent les miennes, tu me serres contre ton cœur. Tu caresses mes cheveux en murmurant : ce n’est qu’un cauchemar. En ce petit matin brumeux, c’est à tes côtés que je me réveille, que puis-je rêver de mieux?

Embrassades jeudi, Sep 9 2010 

Ce matin n’est pas coutume, ce sont les baisers de femme qui m’émeuvent le plus. Collègues qui d’habitude ne suscitent pas d’envies particulières. Mais aujourd’hui, aujourd’hui! Mon gilet, dont l’encolure en V est un peu large pour mes frêles épaules, a glissé sur celles-ci entrainant par la même la bretelle du soutien gorge. j’entre dans le bureau de la standardiste. Il est ainsi agencé que j’arrive par derrière elle. Elle fait pivoter sa chaise et me dévisage de la tête aux pieds. Ce comportement inhabituel ne me déplait pas vu l’intérêt que je lis dans son regard. Je la devine déstabilisée. Elle se lève et pose sa main sur mon épaule dénudée en m’embrassant. Frissons.
Plus tard, la secrétaire aux seins lourds vient chercher du secours auprès de moi. On se dit bonjour, posture différente, nous sommes plus près l’une de l’autre que les autres jours et nos poitrines s’écrasent l’une contre l’autre.
Vivement demain!

L’hôtesse de l’air jeudi, Août 19 2010 

Je l’attendais à l’aéroport. Signes de reconnaissance : chemise blanche sur laquelle, j’écrivis au rouge à lèvres : « Miaa, C moi! », faute de papier, quelle étourdie! Mais prise à mon jeu, devant les regards amusés et quelques tentatives d’approches, je décidais d’en rajouter. Aussi, pouvait-on lire sur les poches arrière de mon pantalon blanc : « miaam » sur la fesse gauche et « Isn’t it? » sur la fesse droite (et je précise que j’ai une écriture patte de mouche et que je rentre à l’aise dans une jupe 34-36!)
Debout devant le panneau des arrivées, j’attends ma dulcinée du jour. Soudain, une main s’invite entre mes fesses, et une voix dans mon oreille ordonne « viens par ici, que je te bouffe! »
Ils ont dû trouver çà louche, de nous voir entrer à deux dans les douches..
Alors, j’ai goûté sa bouche, juste avant qu’elle ne me touche et…
Pouce!

I wanna dance jeudi, Juil 15 2010 

Un soir d’été en terre étrangère. Une nuit d’été, quand le travail est terminé, je vais me coucher. Je rejoins sans enthousiasme la caravane sinistre au plancher troué qui me sert d’abri. Je me sens un peu SDF, la caravane ne ferme pas à clé, elle stationne depuis des lustres à côté d’une grange vide sur les murs de laquelle on peut lire « girls spread their legs over ». Ambiance! Je me sens seule car on ne m’adresse la parole que pour me donner des ordres. Je mange les restes que l’on daigne m’accorder : lorsqu’on m’appelle pour diner, c’est que les autres ont terminé. J’ai horriblement besoin d’évasion!
Alors ce soir, dans la caravane pourrie, au milieu de livres qui parlent de baise, j’ai allumé la télé, comme tous les soirs, machinalement. Mais ce soir, la télé m’a lâché, elle ne capte rien et moi, j’ai franchement pas envie de galérer, de me battre contre la technologie défaillante. Je balaie du regard mon environnement clos et tombe soudain sur une pepite : un vieux disque de Whitney Houston. Et bingo, à proximité : le tourne disque. Je mets en marche. « I wanna dance with somebody, yeah I wanna dance with somebody, with somebody who loves me ». J’aime. Je me repasse en boucle la chanson, j’en profite pour me deshabiller en rythme. Les vetements volent dans la caravane : je m’en fous, il fait nuit noire, je suis dans un coin reculé de la propriété, personne ne peut me voir, et d’abord, à cette heure-ci, ils doivent dormir.
Je suis en slip, toujours en train de me déhancher lorsque j’entends des pas sur les graviers. Un mélange de peur et de honte m’envahit. Illico presto, j’éteins musique et lumière, me précipite côté chambre, finis de me deshabiller et me glisse, nue, sous les draps. A plat ventre, la tête enfouie dans l’oreiller, faire semblant de dormir, avoir le souffle coupé et le coeur qui cogne tellement fort que le bourdonnement dans les oreilles m’empêchent de capter comme je le voudrais les bruits alentours. Ne pas entendre la porte qui se referme dans un claquement sec, ni les pas lourds qui se dirigent vers le lit, ni le froissement des vetements qu’on laisse tomber à terre. Ne pas sentir le drap qui se soulève, ni le frôlement de sa cuisse lorsqu’il m’enjambe pour se caler à quattre pattes au dessus de moi, ni la pression de ses jambes qui m’enserrent, ni son sexe dur sur mes fesses. Son mouvement rapproche sa bouche de mon oreille, son bassin m’écrase et me pousse vers l’avant, m’ouvrant les cuisses. Il s’inserre et constate satisfait « you were waiting for me ». Et nous avons dansé…

Sauvageries de couloir mercredi, Juin 30 2010 

On fait parfois de surprenantes rencontres, dans les couloirs. On déambule, on se presse parfois, on se serre pour laisser passer, on fait exprès de bousculer un bel hidalgo, on sursaute en apercevant une vieille connaissance au loin, on évite des portes. Et là, il s’approche pour dire bonjour, m’arrive de face, presque à se cogner le nez, dévie à la dernière minute en murmurant : « pas sur la bouche devant tout le monde » (d’un ton qui signifie tu éxagères, alors que c’est lui qui manoeuvre!). Habituée à sa petite phrase, je lui rétorque : « çà tombe bien il n’y a personne! » « Ah, alors » dit-il en me plaquant au mur, sa langue sur la mienne et ses mains sur mes seins.

Masturbation ou masochisme? samedi, Juin 19 2010 

Chaussures à clous. Vêtements de cuir comme une armure.
Dresser des barrières entre vous et moi
Pour ne pas succomber
Pour ne pas faire l’amour
Avoir juste une relation sexuelle
Quand tant d’autres se refusent à baiser
Que certains ne veulent plus rêver, se morfondre dans des amours platoniques
Dresser des barrières entre vous et moi
Pour ne pas vous aimez vous
Faire semblant de m’aimer moi
Ce soir, Eros est mon Ego
Ce soir, mon coeur saignera loin de vos yeux
Qu’importe, l’essentiel c’est votre bonheur.

Simple comme bonjour vendredi, Juin 18 2010 

Tiens?! Encore?! Cà cogne. Mille pulsations à la minute au creux des lèvres, qui se ferment en moue boudeuse puis s’ouvrent gourmandes, affamées… Délicieuse alternance, rythme concupiscent. J’ai envie de sexe. Cette envie lancinante qui s’impose à moi, de plus en plus souvent. (Pourtant, c’est trop tôt pour le démon de midi!) Ah! Tant pis, faut que je baise! Oui, mais pas avec n’importe qui, quand même! Voyons voir ce que nous avons là! Petit coup d’œil à la ronde. MMM. Toi! Oui, toi, là-bas! Viens ici! Je te veux. Aller approche! Plutôt pas mal, tout çà : épaules larges, poitrine saillante. Çà sent le muscle ferme, parfum puissant, homme de caractère. Aller, prend moi! C’est une proposition que tu ne peux pas refuser.
Non?

Premier prix lundi, Mai 17 2010 

Un concours? Pas vraiment, disons plutôt un tirage au sort. Je n’y ai pas participé volontairement, quelqu’un a dû m’y inscrire à mon insu. Mais voilà, je suis l’Elue. Bien sûr, je devrais dire l’heureuse élue de son coeur, mais quand je le regarde, je ne peux que contenir un haut-le-coeur et pleurer sur mon malheur. Pourquoi? Mais pourquoi moi? Qu’ai je fait pour mériter « çà »? « Cà » ou devrai-je dire « lui » est un binoclar à l’acné juvénile farouchement installée, doté d’un toc tel que vous croyez être victime d’une certaine persistance rétinienne vous remémorant les feux de détresse d’une voiture qui clignotent dans le noir d’un soir de pluie. Il est un peu plus grand que moi, je le méprise car il est redoublant. Je ne vois en lui rien de viril qui pourrait m’attirer : ce gringalet a pour habitude de chercher des noises aux autres et tombe en couinant sous les coups qui pleuvent en réponse à ses fourberies.
Je ne lis pas plus de sentiment dans ses petits yeux sombres, mais au sourire qu’arbore sa grande bouche, je sais qu’il me désire. Nous sommes dans une salle de spectacle, il est assis à côté de moi. Il se penche alors vers moi et me demande de l’embrasser. Je lui réponds « non » et détourne le visage vers la scène. Il sort alors un billet de sa poche et réitère sa question. Je suis troublée, il le sent, s’engouffre dans la faille. Ce n’est pas bien, j’en suis consciente mais qu’en même du fric, juste pour un baiser, çà fait réfléchir. Il me dit que si je préfère, il pourra m’offrir du parfum. Ah, mais non, alors! Je préfère encore l’agent qui n’a pas d’odeur, plus facile à dissimuler, et puis le parfum il ne l’a pas avec lui alors si je l’embrasse je risque fort de ne jamais le voir. J’ai saisi le billet, j’ai fixé le plafond pour oublier cette drôle de sensation au fond de moi, la naissance de la honte. Ses lèvres glaciales et humides se sont posées à la commissure des miennes.
Mon pire baiser : j’avais 11 ans.

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