A version dimanche, Août 14 2011 

Invitation spéciale par l’entremise de connaissances communes. Belle campagne ensoleillée en cette douce soirée d’été. La piscine semble le passage obligé avant l’apéritif. Mon hôte, sa femme et quelques invités s’ébattent déjà dans l’eau. Lorsqu’à mon tour, je m’approche du bord, mon amie me présente et je suis acceuillie par un jet d’eau façon cachalot sorti tout droit de la bouche de notre hôte, que je rencontre alors pour la première fois. Désagréable impression.
Mi-quarantaine, à vue de nez, grisaillant, bedonnant, un visage dur avec des yeux acier mais dont les traits me paraissent familiers, ainsi que son accent, sans que, sur le moment, je puisse en identifier la cause.
L’eau ayant fraîchi, chacun éprouve le besoin de se réchauffer à l’alcool. Autour d’un verre, il évoque son parcours et sa nostalgie des baraques à frites. Je souris à cette évocation, comprenant enfin la familiarité des traits et de l’accent. Quelqu’un se tourne vers moi et crois bon de faire remarquer “ah, alors!”. Aussitôt, l’homme venu du Nord me questionne : “t’es de là-haut aussi, ti?” C’est malin, me voilà obligée de réciter mon pedigré, ce dont j’ai horreur, pour échapper au test du patois. Et en plus, il me tutoie sans me connaître. Fâcheuse soirée.
Comble de malchance, il se sent alors en terrain conquis et commence à raconter comment, Maître en sa demeure, il règne, enlevant au passage tout fard à sa bourgeoise. Demande-t-elle une aide? Qu’à cela ne tienne! Mais elle devra patienter quelques jours cependant! Il raconte ses frasques, fier, semble-t-il, de faire le contraire de ce qu’elle espère. Je la regarde alors. Elle l’excuse encore, d’un sourire triste en murmurant : c’est ma faute aussi, j’aurai dû deviner qu’il deviendrait comme ses parents! Je me demande pourquoi aucune révolte ne gronde en elle alors qu’au fur et à mesure que le récit avance, la moutarde me monte au nez.
Je note toutefois que le bonhomme ne me lâche pas des yeux et l’idée me vient alors de lui faire la leçon. Si cela fonctionne, ce sera une première pour moi et j’avoue que là, sans préméditation aucune, je marche sur des oeufs. Pourtant, je lance sur le ton de la plaisanterie mais avec une oeillade bien appuyée : “chez moi, c’est différent, je fouette celui qui ne respecte pas ma loi!” Excité, il répond en se frottant les mains “oh oui, oh oui, le fouet!”
Plus tard, dans la nuit, on se retrouve seuls, à quelques pas des invités. Il me propose alors de mettre en pratique. Nous nous dirigeons vers un cabanon qui lui sert d’atelier. Il l’ouvre, allume la lumière et me dit : à toi de jouer! Très vite, je repère quelques cordes et je l’attache à genoux devant son établi. Il m’indique ensuite qu’il se sert d’un martinet pour éduquer ses chiens et que celui-ci se trouve dans un tiroir de la console dans l’entrée. Je l’abandonne alors quelques minutes pour aller chercher l’instrument de torture. Je fais un détour par la petite fête, histoire que personne ne se doute de ce qui se trame. J’en profite pour récupérer aussi un verre de whisky. “Glaçons?” “Non, sec!”
Je ne bois jamais de whisky, sauf quand je fais des bêtises…
Je regagne le cabanon, bois une gorgée du liquide doré, pose mon verre sur l’établi et exécute la punition.
Clac! Le premier coup s’abat directement sur le fessier du monsieur. Il rigole. Tu peux frapper plus fort, tu sais, je suis un homme, moi!
Clac! Comme cela, cher ami? C’est mieux!
Clac! Et ainsi? Très bien!
Clac! Combien en voulez vous? Cinq!
Clac! Nous y sommes, mais c’est moi qui décide ; je dirais donc dix!
Je continue en rythme. Avec le temps, il semble trouver cela moins agréable, aussi je m’accroupis derrière lui et passant ma main entre ses cuisses, je m’en vais vérifier qu’il est bien dressé. Ma main lui redonne un peu de vigueur, je reprends alors mon manège tandis que son pantalon, sous les coups se désagrège.
Clac! C’est assez, me dit-il!
Clac! Comment oses-tu?
Clac! Pour la peine, je continue.
Au bout d’une nouvelle série, je me glisse sous lui, me colle, me frotte. Mon visage sous sa ceinture, mes mains qui le déboutonnent et ma langue qui glisse sur son torse lui donnent envie de rejouer.
Alors, je continue le maniement du fouet. A tour de bras.
La gaillard n’est plus si fier maintenant que saigne son derrière. Ses rires font place à des grognements. Il se tortille pour éviter les coups. Sa douleur m’hypnotise. Je bois, je fouette et je caresse tour à tour.
Combien de temps cela a-t-il duré, je l’ignore. J’ai mal au poignet. Quand soudain la porte s’ouvre. Les invités, inquiets de ne plus voir leur hôte, sont là. Ils restent muets un instant face au spectacle qu’il leur est donné : l’homme en chemise, encordé, agenouillé, cul nu n’a plus rien du roitelet qui les recevait il y a quelques heures à peine.
Reprennant mes esprits, je laisse tomber le fouet et me dirige vers la porte d’entrée, tandis que d’autres, un peu emméchés, se saississent de l’objet pour poursuivre ma besogne. Et dans un brouhaha, je distingue un hurlement. Je me retourne : les lanières viennent de laisser une trace rouge sur la chemise bleu ciel.
Je finis mon verre tout en respirant l’air frais de la nuit, le pose sur une table et quitte la partie. Je croise alors sa femme : “vous devriez y aller”, lui dis-je.
Plus jamais, je ne serai invitée…

Noir et rouge, que ton sang coule! mardi, Mar 8 2011 

Tu avais dit : je ne veux pas d’une baise académique!
J’ai mis un gros collier à pointes longues et effilées, j’ai peint mes ongles et ma bouche en noir, je me suis fait les yeux charbonneux et le teint blafard. Pour le contraste, j’ai enfilé une longue robe du soir, noire, décolletée, en doux velours.
Dans ta chambre, je t’ai déshabillé. Tu t’es allongé confortablement sur ton lit. J’ai attaché tes poignets au pied du lit. Puis lentement, j’ai fait glissé mon corps sur le tien, mon collier griffant ta peau. J’ai caressé tes seins, ton sexe, mes va et vient sur ton corps laissant à chaque passage de nouvelles empreintes. Ta peau rougie finit par céder et çà et là, quelques perles de sang sont apparues.
Ton sang rouge sur la pointe de mon collier gris, c’est joli.
Ces perles rubis sur nos peaux blanches aussi.
Je te fais souffrir, parce que j’ai mal. Simplement. Ce n’est rien contre toi, ni à cause de toi. C’est peut-être parce que tu ne m’appartiens pas. Il faut que la violence que je contiens exploses à la fin. Alors, que ton sang coule!
Je lèche tes plaies, celles que j’ai ouvertes. J’entends ton souffle. Tu demandes que je cesse sur le champs et que je te détache. Je n’obéis pas. Tu changes de ton. Je croise ton regard assombri de colère. Tu me scrutes ainsi alors que je poursuis mes lacérations. Enfin, tu menaces : « je ne te conseille pas de me délivrer maintenant ».
Par défi, par jeu, immédiatement je défais tes liens. D’un bond, tu te redresses, en sifflant « à ton tour! ». Je comprends trop bien ce qui m’attend et me débats. Ma robe se déchire dans la violence de nos combats. Tu m’arraches mon collier et le promène sur mes bras, mes jambes. Je te résistes encore un peu.
Puis la fatigue s’empare de nos corps meurtris, et nous finissons, emmêlés, dans une position plus académique.

Aux hommes qui sont plus que des Eros mardi, Fév 1 2011 

La frustration m’envahit, je sens la colère monter en moi, irrémédiablement. J’essaie de repenser à des choses plus agréables, je me concentre sur ces regards croisés à table, sur ce bel homme qui entre dans l’ascenseur avec moi, qui porte une bague au doigt et à qui je lance en quittant : « j’espère que des bras accueillants vous attendent », à son sourire d’alors, à l’envie que j’ai qu’il m’attrape par le bras et m’invite ailleurs.
Comme rien n’y fait, comme j’ai encore envie de tout foutre en l’air, de tout briser sur l’instant, quitte à le regretter demain, j’opte pour une autre solution. Je rappelle celui-là à qui j’avais dit « désolée, je ne joue pas à ces jeux-là! » et nous convenons d’un rendez vous.
Je le suis sur un petit chemin de terre, jusqu’à une vieille grange. Il pousse la porte en murmurant dans mon cou « ici, personne ne t’entendra crier ». Je frissonne, hésitante. Qu’est-ce que je fais là? Je regarde les chaines, les cordes, les fouets qui ornent les murs. Sur une pierre, des pinces, des outils que je ne connais pas. Dans la terre battue, je crois distinguer des tâches de sang séché.
Déshabille-toi. J’obtempère lentement. ll ne me regarde pas, j’ai l’impression d’être transparente, de devenir objet. J’ai peur à ce moment précis d’être en train de perdre une part d’humanité. Il revient vers moi, ne semble toujours pas prêter attention à ma nudité : je ne le trouble pas et çà me fait de nouveau enrager. Il pose un masque sur mes yeux et annonce : çà c’est pour t’empêcher de voir à quelle sauce tu vas être mangée, sinon, je le sais, tu vas renoncer de suite. Ses paroles me piquent au vif, je sens mon corps se raidir, mes poings se serrer. Il m’enserre ensuite les chevilles à l’aide d’une corde et tout en soutenant mon corps qui bascule, me pend la tête en bas. Au bout de quelques instants passés ainsi où l’afflux de sang me donne une sensation de lourdeur, j’entends et je sens le claquement du fouet sur ma peau. Je crie de surprise, d’abord. Il répète son geste, je sens mon sang s’échapper de ma peau lacérée. Peut-être d’autres cris ont suivi, mais il cesse son geste. D’un coup, mon corps s’élève plus haut ; il s’approche. Je suppose qu’il est debout à côté de moi, son visage près du mien. Il m’interroge : « pourquoi es-tu venue? » « Pour savoir » « Faux, répond-il! Ce n’est pas cela que tu cherches, tu es venue parce que tu es en colère! » Je ne dis rien, sachant qu’il a raison, je me mure dans un silence destiné à me protéger de mes faiblesses.
Alors, il murmure à mon oreille des mots tendres. Je me cabre. Ce n’est pas cela que je veux! Je veux oublier ma souffrance dans la douleur physique. Et lui, par ses mots la ravive. Ses mains glissent sur mon corps avec une infinie douceur. Ma carapace, mon silence masquent d’abord toute réaction de ma part. Mais il poursuit, inlassablement. Ces mots me touchent, aussi sûrement que l’aiguille plantée dans mes veines. « Arrêtes, s’il te plaît », ma demande est douce d’abord, mais il n’écoute pas. Je gronde « assez, j’en ai assez! ». Il poursuit. Je sens la colère sourdre en moi, la tempête interne est prête à se déchaîner. Il continue à me parler et à me caresser, toujours sur un ton égal, pendant que je l’insulte. Mon corps dans le même temps reprend sa verticalité normale. Il ne se tait pas pour autant, ses caresses sont toujours aussi délicates sur ma peau. Il se place derrière moi, défait les liens à mes chevilles sans cesser son monologue, et tandis qu’il me tient les bras croisés dans le dos pour empêcher tout geste rebelle, je l’entends me parler d’un avenir rose en sucre, dans l’univers de tous les possibles. La réalité est si différente, parfois. Et la colère et la douleur se mêlent à l’instant comme mes larmes épousent mon sang.
Il sent qu’enfin mon corps va se délivrer de la violence de ses émotions, et me lâche. Je vacille, épuisée de cette lutte contre moi-même, tombe à genoux, me rattrape.
Un râle s’échappe de ma bouche, grandit, devient hurlement. Il dit encore : vas-y, ici, personne ne t’entend.
Au bout de quelques minutes, je m’essouffle, le bruit s’estompe, alors il me relève, me serre contre lui, m’embrasse. Dans ses bras, je récupère lentement ; il me traite comme s’il venait de m’offrir une merveilleuse jouissance et sans doute la force des ressentis est-elle similaire.
Et, plus tard, lorsque je remonte dans ma voiture, je lui murmure en rêve : merci, Amour, d’être là, malgré tout, malgré moi, pour ta constance et ta compréhension. Je voudrais me pincer, me dire que je ne rêve pas, me dire qu’il est bien réel…

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